Ce discours a été prononcé le 30 mai 2026 lors de la 30ème marche des fiertés de Bordeaux, organisée par le Girofard.
Bonjour je représente l’association d’auto support trans et non binaire ANCRES.
Il y a 30 ans, la première Marche des Fiertés de Bordeaux a eu lieu. Trente ans plus tard, nous pouvons faire un bilan du chemin parcouru, de ce que nous avons pu accomplir et aussi de ce qu’il reste à faire.
Il y a 30 ans, la transidentité était définie comme une maladie mentale. En France, ce n’est plus le cas depuis 2010. Pourtant, malgré cette avancée majeure et des recommandations prometteuses de la Haute Autorité de Santé en 2025, 96% des personnes trans rapportent subir des violences médicales. Car depuis 30 ans, ce sont toujours les mêmes institutions aux pratiques transphobes. Si elles changent de nom, elles ne changent pas leurs méthodes. En effet, si vouloir endiguer la “contagion trans” ne fait plus partie de leur vocabulaire, une majorité des professionnel·es de santé sont formés à apprendre à départager ce qu’iels estiment être de vraies ou fausses personnes trans.
Et sans même parler de santé, la transphobie se fait aussi dans l’administration.
Il y a 30 ans, pour obtenir une carte correspondant à notre identité, il fallait être stérilisé·e. Si ce n’est plus le cas depuis 2016, il a tout de même fallu que le Défenseur des Droits et la Cour Européenne des Droits de l’Homme fassent plusieurs rappels à la loi.
En 2024 pendant les élections législatives, le Président de notre République a clamé ces mots : “il y a des choses complètement ubuesques comme par exemple aller changer de sexe en mairie”. Nous voulons dans cette prise de parole lui rappeler que non, on ne change pas de sexe en mairie, pas plus qu’au tribunal.
Ce que l’on change en revanche c’est notre état civil, un état civil qu’il faut prouver devant un juge, des magistrats, avec des témoignages de nos identités. Passer devant un juge pour confirmer qui nous sommes, c’est cela qui est ubuesque, et encore tout récemment, le gouvernement a prouvé son manque de solidarité à l’égard des personnes trans et non-binaires. Depuis le 1er mars 2026 avec la loi Rodwell, ce changement d’État Civil coûte 50 euros et notre gouvernement, dans un acte xénophobe, cherche à interdire les changements de prénoms aux personnes étrangères.
La précarité aussi, elle fait partie de nos existences.
Il y a 30 ans, le monde du travail, faute de nous embaucher, nous laissait à la précarité des rues. Aujourd’hui être trans c’est être confronté à des violences et des agressions dans le travail. Vous ne le savez sans doute pas, mais 37% des personnes trans disent avoir subi au moins une agression sur leur lieu de travail, 8 recruteureuses sur 10 estiment qu’être trans est “un obstacle à l’embauche”. Faute d’employabilité, nous sommes encore condamnés à la précarité.
C’est ainsi qu’aujourd’hui nous sommes 64% à vivre sous le seuil de pauvreté, dont 33% avec moins de 600 euros par mois.
On pourrait pourtant déclarer que nous sommes “plus visibles”, mais de quelle visibilité parlons-nous ?
Il y a 30 ans, on ne parlait pas des personnes trans. Aujourd’hui, on parle de plus en plus de nous, mais sans nous. Dans les médias, c’est dans 79% des cas que l’on parle de nous sans la présence d’une personne concernée pour répondre. Et le plus souvent c’est avec des personnes transphobes qui revendiquent publiquement être anti-trans que l’on nous demande de débattre. Pourtant la transphobie ce n’est pas une opinion. C’est défendre que nos vies ne sont pas légitimes. Que nos existences, n’ont pas leur place dans ce monde. C’est défendre que des personnes comme Juniper, Doloress et Joella peuvent-être tuées sans considération pour leurs noms, pour leurs pronoms, pour leurs identités, pour leurs vies.
Pourtant dans nos communautés aussi l’indifférence nous divise.
En France, l’extrême droite tente de nous faire croire que les LGBTQIA+phobie seraient dues à nos origines ou nos religions. Cela est profondément raciste et a un nom, l’homonationalisme. Comme tous les nationalismes, il nous pathologise, nous sépare et nous meurtrie. Comme toutes les haines il ne promeut que le choix d’un bouc émissaire qui serait “de trop” dans nos espaces de vies.
C’est aussi ce que l’on entend quand des gens disent qu’il y aurait trop de lettres dans LGBTQIA+. Que l’on devrait s’arrêter au LGB, car les autres lettres seraient “de trop”. Pourtant ce “trop” il est apparu à plusieurs reprises dans nos milieux, trop handicapé, trop racisé, trop trans, trop queer, trop ace. Et ne nous leurrons pas, être trans, et queer de manière générale, est bien plus difficile quand on est déjà victime d’autres systèmes de discriminations. Car oui, il y a des discriminations dans la communauté queer. Nous devons en être conscient·es pour pouvoir lutter contre.
Alors on vous le demande ici, cessez de traiter vos adelphes comme des trops, cessez d’attendre que ça vous concerne pour agir, pour nous soutenir.
La solidarité et l’inclusivité ne sont pas conditionnelles, ce sont des valeurs qui se transmettent.
Un rappel que nous devons aussi faire, c’est que nos transitions ne sont pas un deuil.
Transitionner n’est pas synonyme de malheur, c’est même une joie.
Ce qui est malheureux par contre, c’est le choix des proches de personnes trans de nous renier. Alors que la famille représente 12% des cas d’exposition à des violences transphobes, nous voulons dire que les ruptures avec nos proches, ne sont pas dues à nos transitions, mais bel et bien à cause de leur choix, de leur décision. En reniant notre identité et ce qui la compose, iels préfèrent laisser des lobbys transphobes comme l’Observatoire de la Petite Sirène ou Ypomoni dicter ce que devrions être.
Nous ne disparaissons pas, nous changeons, comme tout le monde change, pour nous même, pour notre bien. Car c’est notre liberté fondamentale, disposer de notre corps, affirmer qui nous sommes.
Dans tout ce que l’on a nommé, on pourrait croire qu’il y a une longue succession d’événements sur lesquels nous n’avons pas prise, mais si l’histoire de la Pride peut nous apprendre quelque chose, c’est que nous sommes tous·te·s là en ce jour unique pour croiser nos regards, nos espoirs, nos amours et nos récits. et que ce dont nous avons tous.te.s besoin ce n’est pas du rejet et de l’exclusion, mais du soutien dans nos existences et leurs compositions. Nous ne parlons pas de nous faire accepter car ce n’est que la base. Ce qu’il nous faut, c’est des droits, c’est de l’argent, c’est des ressources fiables. L’avenir sera peut être sombre pour nous mais tant que nous resterons solidaires, nous nous en sortirons. Ensemble nous sommes fort·e·s. Il y a 30 ans nous avons su nous entourer malgré le chagrin, l’amertume et les haines qui nous poursuivent, il y a 30 ans des adelphes nous ont ouvert la voie, c’est à nous tous·te·s de s’inscrire dans la continuité de ce chemin.
Depuis 30 ans nous avons arraché bien des victoires. Ensemble, nous en obtiendrons bien d’autres. Quoique les transphobes et les queerphobes inventerons pour nous entraver, nous continuerons d’avancer.
Vive la Pride, vive les trans, vive nos adelphes, vive les personnes que vous êtes.


